| A une Damoyselle Malade | To An Ailing Maiden |
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Un jour, mon père m’a fait cadeau d’un beau livre intitulé Le Ton beau de Marot. Il s’agit d’une œuvre très épaisse écrite en anglais par l’Américain Douglas Hofstadter sur un seul petit poème de vingt-huit lignes dont il est tombé amoureux quand il était étudiant. C’est un livre très curieux, sans argument logique : ce sont plutôt les ruminations d’un homme sur les mystères de la traduction, et une réflexion sur la mort de sa femme suite à une rare maladie. Car le poème fut écrit en automne 1537 pour souhaiter de la bonne santé à une jeune fille malade. La fille s’appelait Jeanne d’Albret de Navarre et elle avait sept ou huit ans quand son ami le poète lui écrivit ce petit message.
Hofstadter identifie sept caractéristiques du poème qu’il considère fondamentales :
Moi j’y ajouterais :
Le livre contient de nombreuse tentatives de traduction (une
cinquantaine, je crois) et si vous cherchez sur Internet, vous en
trouverez d’avantage. Ici, j’ai décidé de ne mettre que
la mienne, qui est techniquement presque parfaite et
artistiquement… ce n’est pas à moi de le dire.
Médiocre, peut-être.
J’ai respecté les points 1-7 sauf le numéro 5. L’équivalent du choix qui existe en français entre « tu » et « vous » semble assez évident : « tu » est « thou » et « vous » est « you ». On parla ainsi en anglais jusqu’à la Renaissance. Cependant, pour un lecteur moderne, « thou » (« tu ») ne représente pas un niveau de familiarité plus élevé, mais bien le contraire : on ne voit plus ce mot sauf dans la Bible. Il nous suggère une grande formalité, tandis que « you » nous semble un mot quotidien et familier, bien que son origine soit le « vous » de politesse français. Pour éviter ce malentendu, et faciliter la rime, j’ai décidé de ne tenir aucun compte de cette règle.
Quant aux règles que j’ai trouvées moi-même :
La traduction de « ma mignonne » est difficile. D’autres traducteurs ont mis « pretty one », « sweetie pie », etc. Moi, j’ai finalement décidé d’utiliser le fait que la fillette s’appelle Jeanne pour pouvoir inventer un petit surnom que le poète aurait pu lui donner : « Jeannou », ce qui permet une rime facile avec « you ».
Le respect de la règle nº 7 est dur aussi. D’autres traducteurs ont décidé de représenter Clément par « I », « my » ou de mettre le prénom du traducteur. Moi j’ai voulu conserver « Clément ». Cependant, ceci pose le problème de devoir faire rimer un prénom français avec un mot anglais. Ma première solution était d’adapter la prononciation de Clément pour le faire rimer avec des lignes telles que « Soldier on », mais je n’aimais pas le fait qu’il fallait prononcer Clément avec un accent anglais pour que la rime fonctionne. Ma solution finale était de trouver un mot français que l’on utilise de façon habituelle en anglais ; j’ai trouvé le mot « restaurant ». Le lecteur est donc libre de bien prononcer les deux mots français, ou bien de les prononcer avec le son « -on » ou « -ont » à la fin, mais l’important, c’est qu’il les prononce de la même façon, pour qu’il y ait une rime.
Mon titre pour la traduction est soit « To a Poorly Princess » soit « To an Ailing Maiden ».
Vous trouverez toute la poésie de Clément Marot sur http://poesie.webnet.fr/auteurs/marot.html.
©MMIV–MMVIII David Short.
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